L’humanité
Coup de cœur Avignon Off 2026.
Le père est mort à la bataille de la Marne en septembre 1914, et l’auteur de l’Étranger est né un an avant. Autant dire qu’ils se sont fort peu connus. David Seigneur est ici ce Jacques Cormery qui, en France comme en Algérie, déroule le fil de cette rencontre imaginaire entre un père et son fils. C’est l’occasion de faire plus largement connaissance avec une famille et des personnages remarquables. Comme les copains de jadis, ou encore le maître d’école qui réussira à faire en sorte que le jeune Jacques puisse faire des études. Ainsi Albert Camus dévoilait-il une partie de ses souvenirs intimes .Gérald Rossi.
CultureTops
5 cœurs. Un gros coup de cœur pour une œuvre méconnue et une interprétation magistrale de David Seigneur dans le personnage de Jacques Comery. Le spectacle est d’une densité impressionnante. La parfaite maîtrise de la langue, la délicatesse et la pudeur de ce grand corps à la voix puissante et au souffle qui vous emporte dès le début pour ne plus vous lâcher…
On s’attache à cet homme qui tâche de remonter le temps […]. Tout est là, les paysages, le souffle chaud de cette terre au-delà de la Méditerranée qui charrie son lot de misère et de pauvreté, mais où la bonté des cœurs et des âmes simples se contente de vivre plutôt que de se plaindre.
Un univers de résignation et de fol espoir quand un instituteur bouleverse le monde d’une famille vouée au sacrifice. Une figure paternelle – ce premier homme – qui est tout à la fois un mythe et une cicatrice au cœur. Une leçon de courage et d’amour filial. Un récit bouleversant de pudeur avec des mots d’homme fragile comme on en entend peu.
L’épopée d’un fils à la pointe du cœur dont Patrick Roldez a su tirer les plus belles émotions.
Un spectacle à ne surtout pas manquer. Jean-Pierre Hané
Classique en Provence
« En somme, je vais parler de ceux que j’aimais », écrit Albert Camus dans une première note pour Le premier homme. Retrouvé après l’accident de voiture qui coûta la vie à son auteur, ce texte retrace la quête, largement autobiographique, d’un fils parti sur les traces de son père mort à la bataille de la Marne. Malgré l’inachèvement et la mort qui vient interrompre l’écriture, Camus est là, dans une langue incandescente. Il est là porté par un comédien seul en scène, David Seigneur, portant avec intelligence la belle langue de Camus et une adaptation remarquable, signée Patrick Roldez, à qui l’on doit aussi la mise en scène. Tout ici va à l’essentiel. […]
On entre pleinement dans le texte, si chargé de soleil et d’humanité, où se lit la genèse de la pensée camusienne. La musique signée David Georgelin vient souligner d’une note sensible certains passages, certains silences. Avec sobriété, le comédien fait vivre les personnages fondateurs qui ont accompagné la naissance, l’enfance, la jeunesse du petit Jacques Cormery, où l’on reconnaît le jeune Camus, né et grandi dans le dénuement, la pauvreté et la lumière d’Algérie, capable de s’émouvoir jusqu’aux larmes de joie et de gratitude « envers l’adorable vie ». Camus qui toute sa vie aura voulu parler au nom de ceux à qui la parole est refusée.
Il y a la mère, belle et douce, presque mutique ; la grand-mère, autoritaire, prompte à punir le jeune garçon de ses coups de cravache, mais aussi l’instituteur, figure fondatrice, qui ouvrit les portes du savoir au petit écolier. Le monde d’un enfant « né sans héritage », dans une Algérie française où commençaient à gronder la colère, les attentats, la haine des deux camps. Et la citation iconique, face à la haine : « Un homme, ça s’empêche ». L’adaptation s’ouvre et se ferme sur l’image de Kaddour, le vieil Arabe, tendant au colon français un morceau du sac qui le protège de la pluie. Image forte qui dit l’espoir d’une réconciliation, et nous donne du grain à moudre pour notre présent. Carina Istre
Le Monde libertaire
Le passage de l’écriture à la voix, c’est quelque chose de fabuleux. Ce Premier homme de Camus est de l’ordre du rendez-vous. De la même façon que le narrateur se penche sur la tombe de son père, ignorant de prime abord les réflexions et les émotions que cet acte va déclencher chez lui, nous spectateurs, spectatrices, nous laissons absorber par la simple présence d’un homme qui a pris rendez-vous avec nous. C’est bizarre, mais nous éprouvons de la fierté à être dédicataires d’un tel texte !
L’adaptation pour le théâtre nous permet de ressentir à l’état brut cette œuvre inachevée de Camus. Dans toute pensée se mêle un peu d’abstraction, mais c’est autre chose d’entendre les mots traverser le corps. Corps menhir qui se déplace, corps qui tremble, corps qui souffre, corps qui pleure, corps qui murmure, qui se frotte à la mer, à la pluie, au soleil, c’est tout cela que donne à entendre Le premier homme de Camus interprété par David Seigneur dans une mise en scène simple et organique. Evelyne Trân
Chérie FM Avignon
Courez voir ce Premier homme ! Yann Seyller